Hemrick Verwaerde (Hemtonkiné) est masseur-kinésithérapeute du sport et ostéopathe, diplômé en 2013. Il accompagne surtout des sportifs : douleurs, blessures, retour au sport. Formé à la méthode McKenzie, à la thérapie manuelle (ITMP) et à La Clinique du Coureur, il vulgarise la santé et l’exercice auprès de plus de 700 000 abonnés. On l’a vu sur Canal+ Sport et dans Le Mag de la Santé, il est chroniqueur dans Bel & Bien et lauréat du Prix Influence & Santé 2025. Auteur de « Et si on se (re)mettait au sport ? », il court aussi des ultra-trails, du Marathon des Sables à l’UTMB.
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Sommaire +
Il y a quelques semaines, une patiente arrive au cabinet avec une douleur au genou. Elle court, elle fait de l’Hyrox, et on lui a dit que c’était un syndrome de l’essuie-glace. En réalité, pas du tout : c’était un syndrome fémoro-patellaire, une douleur de l’articulation entre la rotule et le fémur.
Le plus intéressant, c’est la suite. Je ne l’ai presque pas vue en séance. Sa rééducation, ça a surtout été de reprendre ses entraînements plus progressivement et de mieux doser ce qu’elle demandait à son genou. Aujourd’hui, elle a repris à fond.
Son cas n’a rien d’exceptionnel. Je vais te donner un chiffre que tu ne vas pas oublier si tu prépares un Hyrox : un athlète sur deux déclare s’être blessé dans l’année. Et contrairement à ce que tout le monde imagine, ce n’est pas le sled qui fait le plus de dégâts.
Ce que disent vraiment les études 📊
L’Hyrox explose depuis quelques années, mais la recherche sur les blessures commence à peine. En 2026, deux travaux sont enfin sortis.
Le premier vient du service de traumatologie de l’hôpital universitaire de Munich. Ils ont interrogé un peu plus de 400 athlètes dans une trentaine de pays : près de la moitié déclarent au moins une blessure liée à l’Hyrox sur les douze derniers mois, et environ une sur cinq a entraîné plus d’un mois d’arrêt ou un niveau jamais retrouvé.
Le second vient de l’Université de Bath, et il est plus solide : les athlètes y ont été suivis chaque semaine pendant trois mois, au lieu de fouiller leurs souvenirs d’une année entière. Une semaine donnée, environ un athlète sur trois a un problème de santé qui le gêne.
La nuance tout de suite, parce qu’elle compte. Dans ces études, « blessure » est pris au sens large — de la petite gêne tendineuse qui traîne jusqu’à l’arrêt complet. L’étude de Munich est un questionnaire rétrospectif pas encore relu par les pairs. Et surtout, à définition égale, l’Hyrox ne paraît pas plus dangereux que le CrossFit ou les autres formes d’entraînement fonctionnel.
Ce qu’il faut retenir, c’est que l’Hyrox n’est pas un sport dangereux, c’est un sport de charge. Et une charge, ça se dose.
Le portrait-robot de la blessure Hyrox
Si on assemble les deux études, le profil est très net. Le genou arrive en tête, suivi de la jambe et du tendon d’Achille, puis du pied. Les tendons sont les tissus les plus souvent touchés, et dans la grande majorité des cas ça s’installe progressivement : pas de claquage spectaculaire, plutôt une gêne qui grandit semaine après semaine.

Autrement dit, on retrouve presque trait pour trait ce que je vois chez les coureurs au cabinet. Si tu veux creuser ce côté tendineux, j’ai détaillé les 10 erreurs qui entretiennent une tendinite.
Et maintenant, le détail qui surprend. L’épaule est quasiment absente des blessures Hyrox, alors que c’est la reine des blessures en salle. Logique quand on y pense : il n’y a aucun mouvement au-dessus de la tête dans une course. À la place, c’est le coude qui apparaît, avec les tirages, le farmer carry et tout ce qui sollicite la prise. Le dos, lui, se blesse plutôt pendant les séances de renfo, et plus souvent de façon brutale.
Pourquoi tu te blesses plus en courant qu’au sled
Quand on demande aux athlètes ce qu’ils faisaient au moment où ils se sont blessés, la course arrive en premier, devant les stations et devant la musculation. Au genou, à l’Achille et au pied, c’est même elle qui domine nettement.
Pour comprendre pourquoi, il faut regarder ce que tu demandes à tes tissus. Une douleur apparaît quand la demande dépasse ce qu’ils sont capables d’encaisser. En Hyrox, la demande est sournoise : tu cours huit fois un kilomètre, et chaque kilomètre après le premier se fait sur des jambes déjà fatiguées par le sled, les fentes ou les burpees. La foulée se dégrade, les amortisseurs fatiguent, et ton tendon d’Achille encaisse la même charge avec moins de ressources.
Barth en parle très bien de son côté avec les « runs sous compromis », ces sorties enchaînées juste après le renfo. Utiles pour préparer la course, mais coûteuses quand elles s’accumulent.
Je nuance quand même : les stations ne sont pas innocentes. Les fentes avec sandbag reviennent régulièrement dans les déclarations, et le coude doit ses soucis aux stations de tirage et de port. Mais si tu cherches où se joue l’essentiel, c’est dans tes jambes de coureur.
Le vrai facteur de risque : combien de fois tu remets ça
Dans l’étude de Munich, les chercheurs ont testé l’âge, le sexe, le poids, l’expérience, l’intensité ressentie, le fait d’être coaché ou non. Un seul facteur ressort : le nombre de séances Hyrox spécifiques par semaine. Plus il monte, plus le risque de déclarer une blessure grimpe.
Et c’est assez intuitif quand on déroule la logique. Si une séance simulation te fait progresser, deux devraient te faire progresser deux fois plus, et six par semaine devraient t’emmener aux championnats du monde. Sauf qu’entre deux séances, tes tendons ont besoin de temps pour s’adapter — et ce temps-là, tu ne peux pas l’accélérer.
Deuxième marqueur à garder en tête, retrouvé à Bath : avoir déjà été blessé dans l’année. C’est le facteur de risque le plus constant dans tous les sports, et l’Hyrox ne fait pas exception. Si tu reviens d’une blessure, ta reprise mérite encore plus de soin que ta prépa.
La leçon, c’est que la répartition de ta charge compte davantage que son volume total. Enchaîner les simulations parce qu’elles sont grisantes, c’est exactement ce qui remplit les cabinets. Si tu veux une planification qui gère justement cet équilibre entre course, force et stations, Barth a construit un bon programme d’entraînement Hyrox pensé pour ça.
Le piège : t’entraîner blessé sans te croire blessé
C’est pour moi la donnée la plus parlante de l’étude de Bath. La moitié des problèmes relevés n’ont entraîné aucun jour d’arrêt, alors que l’entraînement était bel et bien affecté : moins de volume, des perfs en baisse. Les athlètes s’entraînent avec une douleur sans se considérer comme blessés.
Attention, je ne te dis pas de t’arrêter au moindre pincement. Le repos complet est rarement la bonne réponse, et c’est d’ailleurs ce qu’a fait ma patiente : ajuster sa charge plutôt que tout couper.
La question à te poser, c’est plutôt « est-ce que mon entraînement est en train d’aggraver mon état ? ». Et pour y répondre, ce que je dis à mes patients, c’est : regardez comment vous vous sentez le lendemain. Une douleur qui reste modérée pendant la séance et qui est revenue à son niveau habituel le lendemain matin, tu peux continuer. Une douleur qui monte d’une séance à l’autre, qui te réveille, ou qui t’oblige à modifier ta foulée, c’est le signal qu’il faut baisser la charge sur ce qui la déclenche, pas forcément tout le reste.
Et si tu hésites, j’ai mis ce raisonnement dans un outil : le Douleur-mètre. 15 questions, 2 minutes, et tu sais si tu continues, si tu adaptes ou si tu t’arrêtes — avec un signal clair quand il faut te faire examiner.
Ce que je ferais à ta place
Premier levier, et de loin le plus rentable : monter la capacité de ton mollet et de ton tendon d’Achille. Des montées sur pointes lourdes, debout jambe tendue et assis genou fléchi, deux fois par semaine, en 3 ou 4 séries de 8 à 12 répétitions avec une vraie charge — pas 30 répétitions au poids du corps en regardant ton téléphone. Si ton Achille encaisse mieux, tes huit kilomètres sous fatigue coûtent moins cher.
Deuxième levier : faire progresser ton volume de course au lieu de l’empiler. Quand tu ajoutes des runs sous compromis ou une simulation de plus, retire un peu ailleurs. Mieux vaut progresser de 3 % par semaine pendant toute une saison que de 30 % pendant trois semaines, puis de passer trois mois à soigner un tendon.
Troisième levier, plus discret : garde un peu de travail de prise. Tenir lourd en farmer hold pendant 30 à 45 secondes, une ou deux fois par semaine, prépare tes avant-bras et ton coude aux stations de tirage et de port.
Enfin, une douleur qui te réveille la nuit, un genou qui gonfle sans raison, une perte de force ou une gêne qui ne bouge pas malgré plusieurs semaines d’ajustements, ça mérite un bilan. Souvent, comme pour ma patiente, quelques séances suffisent pour remettre les choses à plat et repartir.
Alors, l’Hyrox est-il dangereux ?
Non, et je tiens à le dire clairement après tous ces chiffres. On a déjà vécu exactement la même histoire avec le CrossFit. À ses débuts, c’était nouveau, intense, ça impressionnait, et on l’a vite accusé de casser tout le monde. Avec le recul et les études, son risque de blessure s’est révélé comparable à celui des autres sports de salle. L’Hyrox suit le même chemin : les premières données le placent au même niveau que les formes d’entraînement qu’il combine.
Et surtout, bouger comme ça, c’est excellent pour ton corps. Courir, pousser, tirer, porter, enchaîner sous fatigue : tu développes ton cardio, ta force et ta robustesse en même temps. Peu de pratiques cochent autant de cases.
La seule vraie condition, ma patiente l’a parfaitement illustrée : être progressif, et te faire accompagner quand ça coince. Un programme qui répartit intelligemment ta charge, un professionnel qui t’aide à la doser quand une douleur s’installe, et tu as de quoi pratiquer longtemps. 💪
Le sled, lui, sera toujours là. Et il ne se blesse jamais.
Hemrick Verwaerde (Hemtonkiné) est masseur-kinésithérapeute du sport et ostéopathe, diplômé en 2013. Il accompagne surtout des sportifs : douleurs, blessures, retour au sport. Formé à la méthode McKenzie, à la thérapie manuelle (ITMP) et à La Clinique du Coureur, il vulgarise la santé et l’exercice auprès de plus de 700 000 abonnés. On l’a vu sur Canal+ Sport et dans Le Mag de la Santé, il est chroniqueur dans Bel & Bien et lauréat du Prix Influence & Santé 2025. Auteur de « Et si on se (re)mettait au sport ? », il court aussi des ultra-trails, du Marathon des Sables à l’UTMB.
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